Des tas de questions, quelques réponses et un peu de mystère.



Plus d’homosexuels aujourd’hui ?

Les statistiques sont variables, et l’on doit savoir de quoi l’on parle ( et aussi à qui !).
Disons que, dans nos occidentales contrées, de plus en plus de gens se disent et se montrent homosexuels.
Peut-être qu’ « avant », il y en avait autant que maintenant, mais qui pourra le dire ?
Lorsqu’une personne homosexuelle fait cette annonce au grand jour, à sa famille, à ses amis, on dit qu’il s’agit d’un « coming out » : il s’agit de sortir de l’ombre.
Cette situation est de plus en plus fréquente, en France, en tout cas et ne provoque pas forcément une exclusion sociale : tout dépend en effet du contexte dans lequel la personne se trouve.
On est plus à l’aise pour afficher son homosexualité à Paris ( même si on en est le maire) que dans la France « profonde » où les préjugés continuent d’aller leur train de malveillance et de mépris.
As-ton vraiment des chiffres ? Gérard Mermet ( Francoscopie) estime le nombre d’homosexuels en France entre un et deux millions.
Un ou deux ? La marge d’incertitude est large, mais peut-il en être autrement ?
Doit -on considérer comme homosexuelle la personne qui a eu une fois dans sa vie une expérience sexuelle avec quelqu’un du même sexe ?
Ou qui a eu une relation suivie avec quelqu’un du même sexe mais durant la post-adolescence seulement et s’est tournée ensuite vers l’hétérosexualité ?
Le débat fait rage, et entame également la question du nombre.
Naît-on homosexuel ? Peut-on « l’être », et après « ne plus l’être » ?
Cela complique alors les statistiques, puisque ce n’est pas aussi facile à compter que la couleur des cheveux : il est plus facile je crois de savoir combien il y a de roux et de rousses !
Encore qu’il faudrait méditer devant un nuancier de couleur pour savoir où commence ce qu’on appelle « roux » !
Alors l’homosexualité, vous pensez bien, c’est encore plus difficile.

Foin des statistiques et des savants, écoutons ce que nous dit notre intuition, et l’expérience clinique de plusieurs sexologues.
Oui, on entend plus parler d’homosexualité, et l’on entend plus parler les homosexuels.
Il y a ceux qui se sont toujours ressentis comme cela depuis leur enfance. On ne cherchera pas à démêler leur conviction intime de l’attente de leurs parents, car on entendra toujours LE contre-exemple qui viendra démolir toute tentative de généralisation ( « Ben moi, j’en connais un d’homosexuel, eh ben son père il était vachement présent, et sa mère pas du tout abusive ni rien ! Donc, çà vient pas des parents, c’est clair que c’était en lui dès le départ ! »)
Ceux-là, les homosexuels structuraux, ceux qui dès le berceau ressentaient déjà qu’ils avaient « mauvais genre », je ne saurai dire
s’ils sont plus nombreux.
Ils sont de plus en plus à en être persuadé, mais c’est une autre histoire : les croyances sur soi-même sont parfois aussi élaborées et et tenaces que les croyances sur les autres, sur le monde ou sur Dieu !
Il y a ceux qui sont encouragés par leur milieu : non seulement ce n’est pas mal vu, mais cela montre une ouverture d’esprit, une originalité !
Comme on dit que les français sont râleurs, les espagnols travailleurs, les portugais ombrageux, les homos ne seraient-ils pas créatifs ?
Il y a ceux qui sont plus libertins que libérés, et pour qui l’excitation sexuelle fait flèche de tout bois : masculin ? féminin ? Tout est bon pour un moment de plaisir …
Il y a ceux ( et ce sont les plus nombreux, je crois) qui, comme un cheval au début du parcours, on refusé devant l’obstacle, pour prendre finalement un autre chemin.
Quel obstacle ? Celui de la profonde altérité de cet autre, irrémédiablement différent, étranger au point d’en être étrange.

L’altérité, la différence comme terreau de la quête d’identité.
A ne pas secouer trop fort, sinon çà fait « tilt » comme au flipper, et qui sait combien de temps va durer le stand-by ?
A ne pas heurter de front, sous peine de se voir renvoyé dans les cordes de son enfance, avec toutes ces mamans à état d’âme, ces papas
improbables, ces frères et soeurs au coude à coude… à moins qu’il ne s’agisse que d’une solitude tout aussi peu gérable.
Et puis, pour une femme, un homme peut tellement se montrer brutal, exigeant, borné.
Pourquoi ne pas se réfugier dans les bras accueillants d’une autre femme qui saura laisser la place à la subtilité et à la douceur.
Et pour un homme, faut-il vraiment affronter les femmes qui bien souvent manipulent, envahissent … ou abandonnent ? Et le modèle macho est tellement repoussant, que tout est bon pour développer des alternatives qui permettent de s’en éloigner.
Ce n’est qu’après, longtemps après, que l’on s’aperçoit que le loup est dans la bergerie, la narcissisme dans la soi-disant ouverture à l’autre, et la violence au coeur du nid d’amour.

Mais entre temps, le nombre de ceux qui auront « essayé » aura grandi, appelant beaucoup, élisant beaucoup moins.

Docteur Christophe Marx
– Updated: February 22, 2003