Qu’est ce que cette “médecine positive” ? En quoi son exercice se différencie t il de la médecine, simplement ?

J’ai, en particulier dans une réponse que j’apportais à un “avis” déposé sur Google, évoqué mon goût pour ce que j’ai nommé la médecine de solutions, à différencier de la médecine de moyens.
Je sens bien que ces dénominations, ne vous étant pas familières, dénominations maison pourrait on dire, peuvent susciter chez vous méfiance, ou peut être, ça n’est pas exclu si vous abordez cette lecture positivement, intérêt.

Comment, quels sont les principes qui prévalent à mon exercice si je prétends faire de la gynécologie, de l’obstétrique “positive” ?
Rien de mieux que quelques exemples pour illustrer mon propos et l’éclaircir.
Vous présentez une irritation vulvo-vaginale. Exercer une médecine de moyens consisterait à vous prescrire quelques ovules et une crème. Sauf exception, le tour serait joué, la mycose traitée. Vous avez reçu le traitement, vous l’avez appliqué selon les recommandations et ça a marché.
Mais si le tour est joué, souvent la messe n’est pas dite.
En effet, il n’est pas rare, deux-trois semaines plus tard, de voir surgir une récidive.
Le traitement était inadapté ? Non.
Le traitement a été efficace. Si un prélèvement avait été fait dans l’intervalle, il n’aurait pas retrouvé de mycose.
Le traitement proposé ne relevait pas d’une médecine de solutions.
La solution, c’eut été que la récidive ne se produise pas, ou beaucoup plus tard, ça n’aurait pas été une récidive, pas un nouvel “épisode” pour parler vocabulaire “séries”, mais une nouvelle infection, une nouvelle “saison”.
C’est donc ça la “médecine positive” ?

J’y arrive.
La “médecine positive” , ça commence quand on prononce votre nom alors que vous êtes encore dans la salle d’attente, pour vous inviter à entrer dans le cabinet.
La “médecine positive”, c’est l’ensemble de cette relation qui va s’instaurer entre vous et le médecin qui la pratique.
La “médecine positive” ça se vit et en principe, on la reconnaît quand on la rencontre.
Elle est proposée, sans être nommée, au patient, qui l’accepte, y collabore, en bénéficie.
Cette médecine repose sur un trépied. Les trois ingrédients qui la composent sont nécessaires, et complémentaires.

Le premier ingrédient, ce sont les moyens.
Si je prétends exercer “positif”, je dois acquérir le savoir médical, me donner les moyens de reconnaître la maladie, de la soigner. Je dois donc m’informer, me former, me faire former, par des experts.
Je dois nourrir ma réflexion de notions nouvelles, les éprouver, les confronter à mon expérience, à mes constatations, et les valider pour m’en servir.
C’est donc la matière médicale, qu’il est de ma responsabilité d’acquérir, de maintenir à jour.
Tous les médecins font cela.

Le deuxième ingrédient, c’est l’approche globale, systémique, la considération de l’entièreté du patient.
C’est utiliser les “moyens” afin, qu’au delà de l’organe, la qualité de vie de mon patient soit préservée, améliorée.
Comprendre qui il est, qui il aspire à être aujourd’hui, qui il sera, voire même le potentiel qu’il détient et qu’il ignore peut être. L’informer de ses capacités, de ses faiblesses accessibles à notre examen, des faiblesses prévisibles.
Quelques exemples pour être concret. La fertilité diminue avec l’âge. Selon le contexte, seulement si sa personnalité le permet, subtilement, l’information peut être fournie, ou influencer le choix d’un traitement.
Au moment de choisir une contraception, les projets de vie, l’absence des dits projets ou l’évolution de l’anatomie peuvent Influer sur le choix. Il faut que ce soit explicitement exposé à la patiente.
Une patiente qui a 42 ans, qui a des règles moyennement importantes, se verra proposer de ma part un stérilet hormonal plutôt qu’un stérilet cuivre qui va potentialiser le risque hémorragique qui sera réalité dans 4-5 ans, avant même qu’on ne pense à le renouveler.
Une patiente ménopausée se verra proposer une solution pour éviter la sécheresse vaginale qui ne manquera pas de s’installer, conséquence du vieillissement tissulaire combiné à la carence hormonale.
S’abstenir parfois de traiter un symptôme quand on sait qu’en terme de bien être, le remède sera pire que le mal. Combien de femmes se sont vues prescrire des progestatifs “macrodosés” pour traiter les saignements alors que nous avons tous vu nos patientes prendre 10 kilos sur l’année avec ces traitements.
Tous les médecins ont les moyens de faire cela.

Le troisième ingrédient de la “médecine positive” est à la fois facile et difficile à décrire.
Fermez les yeux. Souvenez vous de ces douleurs de dents, de ces éraflures sur vos genoux, de ces maux de tête qui nous menaient dans le bras de notre maman. Souvenez vous de cette main qu’elle appliquait sur la zone douloureuse, et du bienfait qu’elle apportait. Tout était concentré là, elle avait écouté, entendu notre plainte, elle l’avait reçue de façon bienveillante, sans juger de l’adéquation de nos pleurs avec la gravité du mal. Et sans la connaissance des “moyens”, sans l’exercice de l’art médical, elle nous soignait.
Je ne suis pas votre mère, ça vous le saviez. Je ne vous ai pas donné la vie, je ne vous ai pas dorloté, protégé, aimé tout au long de votre vie, mais je peux me situer un petit peu plus bas, juste là où je suis, un humain, comme vous.
A ce titre, vous m’importez, vous êtes importants pour moi.
Je vous dois l’écoute, de l’attention portée à votre parole. Et parce qu’on n’a pas l’éternité pour nous, vous me permettrez de conduire parfois votre discours, pour en retirer ce qu’il y a de plus important dans le contexte.
Je vous dois d’observer votre comportement. Vous me devez bien sûr la même courtoisie que celle que je vous manifeste. Mais comprenez que je vous observe. Votre démarche, l’expression de votre visage, malgré le masque, votre voix, vos gestes. Je dois déceler si vous êtes gênée, timide, apeurée, ou confiante.
Je dois vous respecter, qui que vous soyez, pauvre, riche, lettrée ou illettrée, quelque soit votre passé, votre physique, votre demande.
Je dois vous faciliter l’examen. Mais le faire tout de même complètement.
Je vous dois toutes mes capacités. Je dois aller chercher, loin dans mon connaissances, dans mon savoir, dans mon expérience, ou bien loin dans les bouquins, ou bien loin dans les ressources disponibles sur internet, ou bien loin auprès de mes amis, de mes confrères, tout ce qui fera que votre problème soit résolu.
Et je dois résoudre votre problème en respectant vos croyances, vos craintes, votre perception des choses, en un mot l’étique

C’est la “médecine positive”. Je n’ai rien de mieux à faire, aujourd’hui, que de la pratiquer.